Gandhi Dorsonne nous explique « Kilè Li Ye »
On peut dire que Gandhi Dorsonne est un expert du Rap Kreyol et hip hop en Haïti. Déjà connu sur la scène comme grand supporteur et animateur du mouvement, il a servit de paneliste sur le sujet du hip hop dans des conférences internationales et a été interviewer par Washington Times pour un article sur le sujet du hip hop en Haïti. Maintenant il s’appret a mettre son nouveau creation sur le marché à la fin du mois de décembre, le cd compilation « Kilè Li Ye ». Amoureux de hip hop et CEO de Riddim Kreyol Music (RKM) Recordz, Blake Seïde a initié cet entretien avec le producteur pour apprendre en plus de ce dernier projet.
photo: Frederick Alexis
Blake : Frero sakapfet ?
Gandhi : Ceux qui vivent se sont ceux qui luttent, so nap goumen, goumen pou sa nou kwè !
B. : Pouvez-vous vous présentez en quelques mots, pour celles et ceux qui ne vous connaissent pas encore ?
G. : Je suis Gandhi Stiverne DORSONNE. J’ai fait des études en vidéographie, sciences informatiques à L' Ecole Supérieure d'Infotronique d'Haìti (ESIH) et en Marketing et relations publiques au Centre d'Etudes Diplomatiques et Internationales (CEDI). J’ai travaillé pendant 7 années Radio Galaxie comme responsable de production, animateur des émissions Kaleido-vacances, Nostalgia, HipApologie. J’ai aussi bossé pendant plus de 2 ans à MAgik9 comme animateur de HipHop Time. En outre j’ai collaboré avec plusieurs artistes Black Féfé, Replik et d’autres. Je fus le manageur de Brimad et a collaboré sur le remix de Nap Boule de Super Naja. J’ai représenté Haïti au 7ème Symposium International sur la Culture Hiphop qui a eu lieu à Cuba, et j’étais paneliste au premier symposium international sur la culture hiphop qui s’est déroulé en Haïti. Présentement je travaille d’arrache-pied sur la sortie d’un double album intitulé : « Kilè li ye ? ».
B . : Comment avez-vous commencé dans la musique haïtienne ?
G. : Très tôt l’envie d’être DJ me caressait l’esprit. J’ai tenté avec mes cassettes, dans de petites fêtes de salon. A 17 ans alors que j’étais en classe de rhétorique, j’ai pu décrocher un stage à Radio Galaxie qui est une station spécialisée dans la diffusion presque exclusive de musique haïtienne. L’équipe était composée à l’époque de Bernier Sylvain (BS), Elie Pierre, Emmanuel Jean-François, Kettely Charles (K.C), Paola Olibrice qui étaient mes mentors. Depuis lors je suis infecté ! (RIRE)
B. : Pourquoi avoir choisi le rap et non un autre genre musical ?
G. : Quand je suis rentré á Radio Galaxie il y avait toute sorte d’émissions (compas, racines, zouk…) mais pas une seule sur le hip hop. La diffusion de ce genre musical était presque inexistante! J’ai voulu changer cela et j’ai apporté ma touche personnelle avec ma première émission sur le rap intitulée : « Saturday’s party ». Ca n’a pas été du tout facile en dépit du fait que le rap était en pleine expansion en Haïti. La raison : les gens sont stéréotypés par l’idée que le rap est une musique de voyou, de personnes non instruites et non éduquées… et amène la violence. J’ai voulu changer cette mauvaise perception que les gens avaient sur le rap et je peux dire que ca a été comme un booster. Du coup, j’ai décidé de faire des émissions instructives qui apporteraient des informations sur le rap et conscientiseraient les gens. C’est ainsi que « HipApologie », ma deuxième émission rap a pris naissance. Et depuis lors j’ai entamé une série de recherches sur le net, dans les livres, etc. et commencé à participer dans des forums de discussions sur le rap. Tout cela m’a appris et convaincu que le rap est l’un des meilleurs moyens de communication pouvant influer le comportement des jeunes.
B. : Musicalement, pourriez-vous décrire vos influences?
G. : Tout ce qui est musique et agréable a l’oreille m’influence. Du son des marchands de bouteilles au centre-ville passant par le son des cloches des cireurs de bottes jusqu'à la musique formelle.
B. : Comment avez vous travaillé pour la réalisation de cet album ?
G. : J’ai tout d’abord choisi les artistes ensuite j’ai créer les beats instrumentales selon la « vibe » de l’artiste et l’idée de la chanson. Toutes les musiques (paroles et mélodies) proviennent de ma collaboration avec plusieurs artistes à l’exception d’une dont les paroles sont de Aceline René. N’ayant pas eu de support financier, j’ai réalisé tout cela seul.
B. : Pourquoi ce titre « Kilè li Ye », signifiant Quel heure est-il ?
G. : Le double CD composé de 28 pistes +1 tourne autour du thème « le temps » qui est en accord avec le titre Kilè Li Ye : son importance, comment le gérer. C’est ce dont le monde a besoin : de temps pour se refaire, de temps pour se parfaire. Certaines compositions comme Minwi, Tic-Tac ou encore TGIF nous rappellent combien celui-ci est précieux pour changer l’ordre des choses avant qu’il ne soit trop tard. Mais il y aussi des idées sur l’amour, l’union, le partage, la réconciliation, DIEU, etc. Tous des éléments en parfait lien avec le temps.
Kilè Li Ye, se veut une alternative au mouvement Rap kreyòl tel que connu. Pas une alternative qui efface l’autre, mais une qui montre qu’il n’existe aucune limite. Certains artistes comme Bélo, Ti Paul (Zing Experience) ou Richard Cavé (CaRiMi) participent ainsi pour la première fois à un projet Rap. Ce qui crée une nouvelle dynamique et rompt de ce fait avec la monotonie. L’implication d’artistes ou producteurs étrangers (Tipo Este/Cuba, Alternatif/France) ainsi que des artistes haïtiens évoluant à l’extérieur du pays (Vox Sambou) présagent de la nouveauté et une touche différente, un vent frais.
B. : Avec quels artistes avez-vous collaboré pour cet album?
G. : La liste est tellement longue… plus de 80 artistes. Toutefois je peux citer ceux qui son dans ma tête la maintenant. Bélo, Vox Sambou, Tipo Este, Rhugged MC, K libr, Bob Kayou, Jimmy Ruff, Eud, MikaBen, Trouble Boy, Jd Question, Big Jim, Stanley Georges, Dug G, M.C, Izolan, P-jay, Blay Z, JA m, Doc Filah, Lòlò, BIC et Abojah Rickstyle, Richard Cavé, Bon Flo, Squaddy, Kezo Killiblack DRZ, PN Fresh, 21, Rebel Lion Jean-Bernard Thomas, Steve J Bryan, etc.
B. : Vous vous avez entouré avec qui au niveau de la production?
G. : J’ai travaillé avec des jeunes beat maker et avec des Producteurs confirmés comme Leonel Laguerre, Mmixx, Epizod, Beat Gates, Azee, Aku, Maestro, Alternatif, M.k, Jad, Haspen Money, Rickstyle, Nice Beatz, Fred Hype. Ces derniers n’ont pas tous un ou plusieurs beats sur le projet mais ont participé soit dans l’arrangement, le mixage ou mastering.
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B. : Qu’est-ce qui est le plus important, le texte ou la musique ?
G. : C’est une très bonne question parce que j’ai réalisé que c’est l’une des faiblesses de l’industrie : en général les gens qui font de la musique rap ne peuvent adapter les beats aux textes et vice versa. C’est la raison pour laquelle il y a beaucoup de beats maker et très peu de producteurs. Je dirais que les deux (texte et musique) sont complémentaires parce que si on a un bon texte et une mauvaise musique ou vice versa, il y aura toujours un déséquilibre.
B. : Vous avez déjà mit en ligne deux extrait ''Fanm Sa Move Remix" et « Kreyol se nou » avec divers artistes haïtiens. Pourquoi avoir choisit ces deux chansons comme single?
G. : C’est parce que je voulais injecter un nouveau son dans le milieu. Car de nos jours on ne retrouve que du south, du crunk, du techno… alors moi je voulais faire des propositions et j’ai apporté du hip-reggae et un peu de rap-sin avec ces deux musiques.
B. : On reproche aux artistes Haïtiens de proposer des morceaux qui au lieu d'éduquer la jeunesse la détruit. Qu’est ce qu’une personne pourrait tirer ou plutôt apprendre en écoutant l’album « Kilè le li ye » ? Et aussi de la culture musicale haïtienne ?
G. : Le choix des artistes et des sujets a été fait de manière méticuleuse afin qu’on n’ait pas de textes creux, sans fondement, mais des tracks qui sont le fruit de notre folklore, de notre vécu, de notre quotidien. A travers « Kilè le li ye » je fais en sortes de filer des messages positives. Par ce que pour moi le beau avant tout c’est l’utile.
B. : La culture rap est toujours considérée comme une sous-culture. Pensez vous que ca pourrait causer que les gens ne portent pas attention a « Kilè le li ye » ?
G. : Non ! Pas du tout car déjà en Haïti le rap est en plein essor et est partout, je veux dire qu’on le rencontre dans toutes les strates.
B. : A propos de l'album envisagez-vous un clip pour l'accompagner sur le marché?
G. : Oui. D’ailleurs pour l’instant j’ai 3 musiques en tête dont le tournage du clip de l’une d’elles débutera au mois de décembre.
B. : Quel est votre satisfaction de ce projet ?
G. : Ma première satisfaction a été le fait que les gens ont bien reçu et compris ce que je voulais faire. J’ai eu de l’aide là où je ne l’aurais pensé et de façon inattendue ! La seconde est le fait que c’est la première fois que tous ces artistes de grands calibres, de tendance, de catégorie et d’idéologie différentes participent à un même projet. Et enfin c’est la confiance que j’ai eu de ces artistes malgré mon inexpérience dans le domaine.
Se kreyol nou ye - Enig, Lòlò, BIC, Doc Filah by carelpedre
B. : Est-ce qu’il y aurait des artistes que vous vouliez sur ce projet que vous n’arriviez pas à entrer en contact avec eux, ou qui vous auraient refusé votre demande de participer a ce projet ?
G. : Oui certains ont refusé de participer comme par exemple Fantom, Mac D, Ded Krazy. Mais cela n’a affecté ni l’album ni notre relation. Je dois signaler aussi que ce n’est qu’après avoir écouté l’album que j’ai réalisé qu’il y a des artistes comme Joël Widmaer et Eddy François que j’aurais du contacter. Mais malheureusement par faute de temps je n’ai pas pu faire cela.
B. : « Kilè le li ye » est il un album purement rap ?
G. : Je dirais OUI parce que « Kilè li ye » fait sortir l’essence même du rap et NON car côté rythmique il y a d’autres propositions musicales comme le jazz, le techno, le rasin, le rock and roll, etc.
B. : Qu’est ce que vous voulez que le publique apprenne de cet album ?
G. : Que le rap n’est pas du tout un style figé. Pour faire un bon son pas la peine de plagier sur ce qu’on fait a l’étranger. « Kilè li ye » n’est pas seulement un projet musical mais le reflet de l’Haïti de demain.
B. : Qu’elle a été votre motivation pour travailler sur ce projet ?
G. : Je peux dire que ma motivation est la confiance dont le public a placé en « LeMetronome » (surnon de Gandhi). Dieu seul sais combien qu’il lui reste à vivre, d’où « Kilè le li ye » est son testament. Je sais que j’ai travaillé dur sur ce projet. J’ai versé des sueurs et des larmes
B. : Un dernier mot?
G. : Dernier mot…. D’abord Je dois remercier le Tout-Puissant ensuite les 84 artistes, les 10 producteurs et les 3 DJs qui ont participé sur ce double album. Sans eux « Kilè le li ye » resterait au stade de projet, d’idée. Un grand merci ! Et tous ceux qui ont contribué d’une façon ou d’une autre à la réussite du projet : HIP Magazine, Blake Séide, Le staff de West – I Entertainment, de RapKreyol.org, de K.O Labo Records, Piwo Records. Les media Radio Galaxie et Magik9 qui ont fait de moi ce que je suis aujourd’hui. Ceux qui m’ont encouragé Judenie Alexis, Jacques Stéphane Volmar (Dj Blade), Makendy Jeune, Dj Aku, Isme Patterson (Dj Zoe), ma fille adoptive qui est la maman de « Kilè Li ye » Gabrielle DORSONNE, ma petite sœur adorée Stéphanie Etienne, Wandy Charles, Groovernael mes supporters anonymes Amazonie et Valentina Slater et enfin mes fans (ki pa janm sispann banm presyon mwen renmen nou anpil….). Et je vous laisse avec ces deux phrases qui m’ont toujours aidé dans la vie : « rien ne sert de courir, il faut partir à point » et « le talent n’est autre que 90% de transpiration et 10% d’inspiration.»
- Blake Séide pour HIP Magazine
Sha |
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